Mon parcours sportif

Trail des Pyramides Noires

Depuis 2 jours j’ai retrouvé mon nuage celui sur lequel je flotte après une belle course.

Ma vie de joggeuse s’est enrichie d’une merveilleuse aventure au pays des ch’tis…

Et c’est à Lens exactement, que je suis allée pour vivre cette première édition du Trail des Pyramides noires organisée par la Mission du Bassin Minier. Pour eux, un seul objectif, mettre en lumière ce territoire classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et pour moi, gravir enfin les terrils de mon enfance.

Lorsque je me suis retrouvée à 4h du matin sur la ligne de départ ce samedi, j’étais à la fois sereine et angoissée. 104km et 20 terrils à franchir, voilà le programme fixé par les organisateurs, le reste c’est l’inconnu total. Je n’ai aucune idée de ce à quoi peut ressembler l’ascension d’un terril.

Je déteste les minutes qui précèdent le départ. Tu as toujours cette question qui te traverse l’esprit quoi que tu fasses « mais qu’est ce que je suis venue faire ici ».

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Et pourtant, je sais exactement pourquoi j’y suis là sur cette ligne à quelques minutes de vivre une nouvelle aventure de course. Je suis sur les terres de mes parents et grands-parents et bien d’autres avant eux. Tous ces souvenirs que j’ai gardé des vacances de mon enfance reviennent et il va s’agir de rendre hommage « aux gueules noires » ces mineurs qui durant tant d’années ont extrait le charbon et façonné l’histoire et les paysages que nous allons traverser aujourd’hui.

La nuit tous les coureurs sont gris et les terrils aussi

Le peloton s’élance doucement au signal, il est pile 4h du matin. Les frontales forment un joli serpentin dans la nuit. Nous empruntons une piste cyclable sur quelques kilomètres. Le ton est donné, ce sera plat, il faudra être capable de courir La première ascension arrive déjà, quelques raidillons à franchir et une large zone très légèrement vallonnée. Je crois me souvenir avoir demandé à un coureur si nous étions enfin sur un terril. Il fait nuit, je n’ai aucun repère mais nous y étions. J’ai de la boue qui colle aux chaussures, c’est gras à souhait, je n’aime pas vraiment ça mais c’est tellement plus ludique que la longue piste que je m’en amuse. Le jour semble vouloir percer la nuit, nous sommes revenus sur la terre ferme avant de nous retrouver au pied d’un magnifique terril. Un tout droit dans le pentu en aller/retour. Il règne une atmosphère particulière parmi les coureurs. On sent comme une énorme force se dégager du peloton, un mélange de volonté, d’humilité, de respect. Les yeux écarquillés face au levé du soleil, aucun de nous ne semble être là par hasard.

CP 1 : 5h40 – 15ème kilomètre Bertrand est posté à quelques mètres du premier ravitaillement. C’est mon pilier, celui sans lequel je ne serai pas là. Il veille au bon déroulement de ma course et je m’en remets à lui. Je fais le plein de la ma poche à eau, je retire la frontale et je repars assez vite.

Le jour se lève sur la ville et sur les terrils aussi

J’aime cette succession de montées/descentes sur les terrils.

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J’adore le balisage. J’ai l’impression d’être dans une chasse aux trésors ou tu dois d’abord affronter un immense labyrinthe avant de te retrouver au sommet. J’ai une pensée pour les personnes qui ont tracé le parcours sur ces monstres de pierres et je leur tire mon chapeau. Tu vois la piste et non d’un coup la rubalise part à droite droit devant ou à gauche directe dans la descente. Un vrai jeu, j’ai 10 ans et tout en avançant j’ai tout un tas d’images qui rejaillissent de mon enfance.

CP 2 : 8h00 – 33ème kilomètre Je retrouve Bertrand. A nouveau je fais le plein d’eau et de réserve de pâte d’amande. J’ai l’estomac un peu en vrac mais rien d’inquiétant. Je gère parfaitement bien et je progresse sur un rythme régulier.

Le cœur de la course et l’âme des terrils aussi

Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ce tronçon. Le parcours n’est pas toujours très excitant. Le moral est parfois mis à rude épreuve sur des portions bien plates et bien droites où tu aperçois à des années lumières les coureurs devant toi. Il te semble que cela ne va jamais en finir, que tu es plantée là. J’attends la mi-course avec impatience maintenant, c’est symbolique mais mentalement c’est une étape importante. Les bénévoles sont nombreux sur le parcours et nous donnent régulièrement le kilométrage. Je me souviens avoir franchi la barre du marathon en 5h10. Je n’ai pas de douleur particulière, je profite. Le peloton a trouvé son rythme de croisière et nous faisons le yoyo avec quelques coureurs, eux plus rapides sur le plat et moi un peu plus efficace dans les grimpettes de terrils (merci aux bosses du Bois Laville et à mes cops d’entraînements).

CP 3 : 9h45 – 46ème kilomètre Le ravitaillement était annoncé au 50ème, nous y sommes un peu plus vite. La mi-course n’est pas encore là. Il faut juste ne pas se laisser envahir par les doutes. Bertrand est toujours là, quelques centaines de mètres avant le ravitaillement à m’attendre. C’est méga bon de le voir à chaque poste. Je fais le plein, mélange sirop menthe, eau plate et eau gazeuse. Il commence à faire chaud il faut anticiper la perte en sels minéraux.

5-4-3 au pays des ch’tis et des terrils aussi

Les terrils s’enchaînent et rythment notre progression. Le prochain point de contrôle est prévu au 64ème soit 18 kilomètres à parcourir. Des grandes lignes droites bien usantes et des terrils bien cassants avec des dévers, de la boue, les genoux commencent à couiner. Il va falloir commencer à gérer avec les douleurs qui vont apparaître progressivement.

Nous ne sommes pas nombreuses sur la course. Sur 175 partants nous devons être 7 ou 8 femmes, je ne sais pas exactement. Mais très vite les bénévoles nous donnent nos positions. Commence alors le refrain : « Vous êtes 4ème féminine ». J’imagine les autres à des années lumières et juste une dizaine de coureurs derrière moi.

Puis, au détour d’un nouvel aller/retour sur un terril je me retrouve au sommet avec la numéro 3 “miss papote” et dans la re-descente j’aperçois “une jeunette” la numéro 5 donc. Et nous voilà parti pour l’accordéon, et je te passe, et tu me rattrapes. On papote, on s’en amuse. Les bénévoles sont perdus : « vous êtes 3ème à non 4ème !! »

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CP 4 : 12h20 – 64ème kilomètre Bertrand est venu m’attendre comme à chaque fois, Je me pose juste un instant, j’avale quelques chips et refaits le plein. Je bois énormément, il fait chaud. “Miss papote” numéro 3 ne semble pas au mieux de sa forme. Nous sommes ensemble au ravitaillement, il ne manque plus que “la jeunette” numéro 5.

La musique dans la tête, les sensations qui s’agitent et les terrils aussi

Je branche pour la première fois les écouteurs et repars la première sur un bon rythme du ravitaillement. L’accordéon c’est sympa mais ce que j’aime avant tout c’est la solitude. Je compte profiter un peu de cette 3ème place avant que “la jeunette” ne revienne sur moi. Je savoure cet instant. C’est enfantin mais ça m’occupe l’esprit un moment alors profitons en.

Nous continuons à franchir les terrils, des tout plat et des bien pentus aussi. Les douleurs sont de plus en plus présentes. Après 1h je reprends mon petit rythme de sénateur. Je suis toujours numéro 3, cette très légère accélération m’a fait du bien. Dérouler un peu les jambes finalement c’est pas si mal. Je range les écouteurs et arrive aux abords de Lens. Nous sommes au 70ème kilomètre environ. Je pense à mes grands parents. Je sais que nous passons pas loin de là où vivait ma grand-mère. C’est beaucoup de souvenirs à nouveau qui m’envahissent et d’émotions qui s’agitent. Peu avant le tout nouveau musée le Louvre Lens, j’aperçois au loin deux “couettes” la numéro 2. Je reviens assez vite (enfin tout est relatif !) sur elle avant de traverser une cité où un gamin à bicyclette m’interpelle : « eh Madame, Madame, pourquoi tu cours ? ». Sur le coup j’avoue ne pas avoir su quoi répondre et puis un seul mot m’est venu : « le plaisir »…

CP5 : 13h50 – 73ème kilomètre C’est en 2ème position que j’arrive à la rencontre de Bertrand. Mais ce qui me préoccupe surtout c’est le prochain point dans 23 kilomètres, ça va être long. Je fais le plein. L’estomac me laisse tranquille, j’arrive à boire et à manger sans difficulté. Je demande à Bertrand de me retrouver un peu sur le parcours avant le prochain contrôle.

La traversée du désert et des terrils aussi

Je m’étais imaginé que ce serait dur sur ce tronçon du coup ça a été dur !!! Ma vitesse de progression a considérablement baissé. J’ai la sensation d’avancer à l’allure d’une tortue. Les kilomètres me semblent une éternité. Je pèse une tonne, mes chaussures sont des enclumes et les chemins interminablement longs et droits.

Mes genoux me font affreusement souffrir surtout à gauche et chaque descente est un enfer. Je suis partagée entre vivement le prochain terril pour mettre un peu de piment dans le paysage et la crainte de la prochaine descente qui me laissera encore bien abîmée.

A la faveur d’un énième aller/retour sur le terrible terril de Harnes, je retrouve “miss couette”. Alors que j’en termine enfin avec la descente, elle attaque la montée. Elle n’est pas si loin et je m’imagine déjà que cette 2ème place est bientôt terminée voire même passer 4 avec “la jeunette” qui ne doit pas être loin non plus. J’espère juste que “miss papote” est encore en course et que ses petits soucis sont passés. Je me souviens aussi qu’au sommet de ce terril nous avons une vue splendide sur un jardin avec un plan d’eau à l’architecture ultra-moderne, un bref moment de course contemplative qui soulage les sens et les douleurs.

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Je retrouve Bertrand avant le ravitaillement. Il m’accompagne un moment sur les chemins. Je m’arrête régulièrement pour reposer les genoux. Ses encouragements m’aident à avancer. Il me passe les messages de mes parents et de mes amis. Je suis dans un état second. Ce ravitaillement me semble reculer au fur et à mesure que j’avance. Je rêve de me poser là dans la pelouse verte, de me blottir au fond du gazon et me laisser rêvasser sous les rayons du soleil entre deux marguerites.

CP 6 : 17h 15 – 96ème kilomètre Bertrand m’aide à remplir ma poche à eau. Il reste normalement 8 kilomètres mais je préfère être prudente et faire le plein. Nous nous donnons rendez vous à l’arrivée. Miss couette ne m’a pas encore rattrapé, je repars numéro 2 du ravitaillement.

Tous derniers kilomètres et tout dernier terril aussi

Je branche la musique pour la deuxième fois et là je n’ai plus qu’une seule idée, conserver ma deuxième place jusqu’à l’arrivée. Je pense à ma grand-mère et je me remets à courir. J’imagine sa fierté et mes pieds se mettent à voler. Un long canal, une dernière longue ligne droite sur laquelle je me retourne régulièrement pour veiller. Ma volonté est à son comble, je ne lâcherai pas et retrouve un élan de fraîcheur inespéré à cet instant de la course. C’est juste grandiose, je sais que plus rien de peux m’arrêter et que cette ligne d’arrivée tant convoitée s’offre à moi dans quelques minutes.

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Bertrand est aux aguets. Il m’attend et tout excité de me voir arriver, m’accompagne quelques mètres jusqu’au tout dernier terril de Oignies. Je savoure ce dernier aller/retour. Un orchestre accompagne notre dernière ascension, c’est fantastique. Il ne reste que quelques mètres à parcourir après la descente, je suis sur un tapis volant, je m’envole jusqu’à l’arrivée.

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18h26 – 104ème kilomètre Les émotions sont immenses. Je l’ai fait. J’ai affronté les terrils de mon enfance. Le chrono s’arrête après 14h26 d’effort en ayant conservé cette incroyable 2ème place. Je ne réalise pas encore vraiment ce que j’ai fait. L’organisateur me tend un beau panier garni et me convie à me rendre aux tables d’arrivée.

Désormais, Je suis une joggeuse avec une veste « Finisher »

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Mon bilan

- Une immense satisfaction doublée d’une revanche prise sur mon arrêt à l’ultr’ardèche l’an dernier.
- Une jolie performance tant sur le chrono que sur le classement. Avec 175 coureurs au départ, je prends la 53ème place sur 129 à l’arrivée et une 2ème place au scratch femme. Toute la préparation générale de cet hiver a payé. Je suis arrivée bien préparé avec beaucoup de fraicheur et un moral d’acier.
- le protocole hydratation et alimentaire fonctionne à merveille. Vive le sirop sport à la menthe !

Enfin, je remercie chaleureusement toute l’équipe organisatrice ainsi que tous les bénévoles de cette superbe manifestation ICI. Pour une 1ère, le pari est gagné et j’espère que cette épreuve perdurera. Je remercie nos hôtes aux trois maillets, leur accueil, le confort de la chambre, le petit déjeuner gargantuesque même Bertrand ne s’en est pas remis et la cuisine typique ont accompagné notre séjour tout en discrétion et en délicates attentions. Un grand merci à mes cops qui m’ont accompagnées dans mon délire (monter, descendre et encore monter, descendre des bosses et des bosses) comme à chaque nouveau défi, Cathy, Sylvie, Agnès. Et bien sûr une mention spéciale pour mon homme tout excité de me voir aussi bien boucler cette course. Sa présence sur le parcours, son énergie à me voir avancer, son enthousiasme à l’arrivée ont boosté mon moral jusqu’au bout.

Courir est un immense privilège alors préservons le…

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