Mon parcours sportif

Courmayeur, Champex, Chamonix – CCC 2016

Vendredi 26 août 2016

« I have a dream »

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Mais là, à l’instant présent, je suis à « Courmayeur Express » avec Bertrand et, nous formons l’équipe 3452 et 3478 appelée « les z’amoureux randonneurs ». Nous nous sommes engagés pour un périple de 102kms et 6100m de D+ et rien ne pourra nous arrêter, nous sommes déterminés, enfin moi surtout, je suis à fond dans mon rôle… Mon sac à dos bien en place avec tous le matos obligatoire, je me sens l’âme d’une grande aventurière. Je scrute les autres concurrents, nous ne jouons pas les premières places certes mais attention nous ne serons pas les derniers non plus 😉

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9h00 le départ est donné, nous partons dans la 1ère vague direction « la tête de la tronche ». Je me demande souvent d’où viennent les noms et celui-là me fait marrer. Je regarde longuement le serpentin de coureurs qui grimpent tranquillement ce col et essaie de trouver la tronche en question. De face, de profil, je retourne le col dans tous les sens mais rien n’y fait j’ai pas vu la tronche, le col oui au bout d’un long effort mais la tronche non. Il est 11h30, nous pointons à la 829ème place sur 1900 au départ.

La descente n’est pas difficile mais je joue la carte de la prudence… Ne pas se fracasser, rester relâcher et surtout rester VIGILANT. Je vois des dizaines de coureurs nous doubler et je respire cette poussière insupportable qu’ils soulèvent dans leurs foulées. Il fait chaud, il fait sec, il fait soif…

BERTONE, BONATI, ARNUVA, j’ai si souvent suivi mon chéri et les copains sur cette course que ces noms là ils sont comme gravés dans ma mémoire. 17kms séparent ces points sur un sentier qui ondule. Nous retrouvons un peu d’ombre et un peu de rythme. C’est beau, c’est immense, je suis comme transportée par un fluide magique, je gambade gaiement dans la montagne. Pas besoin de se parler avec Bertrand, moi devant dans les montées et lui devant dans les descentes, nous avons si souvent randonné ensemble que le rythme s’impose de lui-même, sans y réfléchir, naturellement.

C’est sous un soleil de plomb que nous « les z’amoureux randonneurs » abordons la 2ème ascension, le Grand Col Ferret. Ils en parlent tous, les traileurs, les vrais, ceux qui ont fait le tour, le grand tour autour du Mont Blanc. Alors je profite, les paysages sont somptueux, pas un pète d’ombre, pas un pète de buisson, pas un pète d’arbre. Il fait chaud, il fait sec, il fait soif…

Cette ascension est superbe, comme j’aime et le serpentin pour une fois silencieux. Je n’entends pas ces interminables conversations à qui aura fait la plus grosse, la plus belle et surtout le must du must du traileur, la Saintélyon !! Ils sont bizarrement silencieux, ont-ils la drouille, la trouille ? Ils ne font pas les malins là. Ils ne sont pas devant leur tasse à café au bureau à se la raconter, ils y sont pour de vrai, sous le cagnard, dré dans le pentu, les uns derrière les autres à s’emboiter le pas. « Tant que t’avance, t’es pas mort ! », celle-là, elle est du coach, elle est trash mais elle me plait bien et là on y est en plein !

Redescendre et arriver à la FOULY par le sentier, un premier rêve qui se réalise. J’y ai promené ma glacière

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à la Fouly sans parler de la Stabilo team en 2008… Alors quand j’aperçois le ravito j’ai comme une boule à l’estomac et les larmes qui pointent au coin des yeux. La route est encore longue mais un marathon de fait déjà, il est 17h40 nous pointons à la 1037ème place. La patience est une qualité qu’il faut savoir exploiter alors pas d’affolement, nous avons deux heures d’avance sur mon plan de marche !

Bertrand m’a prévenu, la prochaine section sera longue, il faudrait courir mais nous on est randonneur alors on marche, on marche vite mais on marche. C’est long mais notre chemin est régulièrement agrémenté de tables de ravito improvisées par les gamins des hameaux. Ils distribuent gobelets d’eau à qui veut les prendre. C’est hyper sympa mais un petit diable apparaît soudain dans ma tête et j’imagine qu’ils ne doivent pas faire la vaisselle entre deux buveurs. C’est hyper moche de ma part je sais mais ça me donne Vomito direct. Jamais j’y touche aux gobelets c’est clair.

3ème ascension direction Champex. C’est comme j’aime, un petit sentier qui serpente en sous-bois. J’y suis tellement bien que derrière notre équipe vient s’accrocher quelques wagonnets qui profitent de notre rythme efficace et régulier. Bertrand ne dit toujours rien mais dégage des sons étranges !

Il est 20h30 nous y sommes CHAMPEX, 55ème kilomètres et 1er point d’assistance officiel pour les accompagnateurs. Et là c’est l’ENFER, ça grouille, ça bourdonne de partout, ça sent la nok, les chaussettes, ça suinte de toute part. Ils sont partout, les gamins, les mères, les familles entières et les coureurs affalés sur les bancs, dans les allées, les yeux hagards, un verre à la main, une assiette de bouffe à moitié vidée sous les hauts le cœur. Comment ne pas résister, comment ne pas avoir envie de s’écrouler comme eux et rester là. Bertrand sort direct, il ne supporte pas et m’attend à la fraiche dehors. J’essaie de m’alimenter un peu, je sens qu’il me faut du salé, je teste bouillon de poule. C’est bon, ça coule tout seul avec du pain trempé dedans, mamie se régale manque plus qu’un petit morceau de fromage et hop ça repart.

Direction BOVINE, le col dont tout le monde parle et pas en bien ! Mais avant, on fait un petit stop 50m après le ravito pour un bon Vomito de Bertrand. Il a fait chaud, il a fait sec, il a fait soif et malgré tous nos efforts nous sommes déshydratés. Notre estomac est noué, impossible de manger correctement et Bertrand repart pour une longue section le ventre vide. Ce qui nous vaudra 500m plus loin un beau loupé de parcours. Nous suivons d’autres frontales devant nous, nous ne sommes pas vigilants et nous nous égarons sur une longue piste jusqu’à ce qu’un groupe redescende et nous alerte sur notre erreur de parcours. C’est nul, c’est 30 minutes de perdues mais ça ne sert à rien de s’agacer. On retrouve notre route et abordons enfin cette terrible ascension de Bovine. C’est tout comme ils disent, AFFREUX, TERRIBLE, HORIBLE, INTERMINABLE. Je suis même obligée de m’arrêter un instant sur le bord pour récupérer. Le cœur s’emballe, le manque de carburant se fait sentir et nous avons anormalement sommeil. Je baille en veux tu en voilà alors que la nuit ne fait que commencer. Je ne pense plus qu’à une chose, les enfants nous attendent au prochain point TRIENT. Alors je chante dans ma tête « une minute après l’autre, chaque jour reste le nôtre, une heure après l’autre, chaque jour reste le nôtre, un pied devant l’autre, chaque jour reste le nôtre, c’est vrai la distance nous fait un petit peu peur, un peu de hauteur, un peu de grandeur… »

Dans la descente j’arrête de chanter, c’est l’ENFER, des cailloux, des racines. J’ai mal aux bras à force de m’y appuyer pour soulager ma jambe droite qui me fait souffrir et mon genou gauche qui couine, grince, pique.

Il est 1h10 du matin, nous sommes enfin à TRIENT. Ils sont là, tous les deux à nous attendre, nos deux aînés avec leur casquette orange fluo !

Ça fait du bien, ça chouchoute le moral, ça répare les douleurs, c’est magique !!

Bertrand s’allonge que14139299_10210032528800587_344783856_olques minutes avant de manger quelques bricoles. J’en profite pour avaler mon 2ème bouillon de poule/pain trempé/fromage fondu… Impossible de manger entre chaque ravito alors on prend le temps. Ce n’est pas notre habitude mais il faut s’adapter, il faut savoir ajuster les stratégies pour pouvoir continuer. Nous en sommes à 16h de course et 72kms de parcourus, nous pointons à la 1015ème place. Il reste 2 cols, les Steppes, j’adore, la Tête aux vents j’adore déjà vachement moins (rien que le nom là encore !!)

Direction VALLORCINE, avant dernier ravito et les enfants aussi.

Il est superbe ce col. Un petit sentier qui grimpe en lacets. Nous y sommes déjà passés en 2008. Mes souvenirs sont intacts. Les émotions commencent à montées, les yeux à larmoyer, nous allons le faire, plus aucun doute. Il y a tout un tas de traces de chaussures sur ce sentier, des semelles de petits cubes et des semelles poisson qui sont traversées par tout un tas d’araignées et d’énormes fourmis aussi. Je reprends un de mes jeux favoris. Je compte, tant de coureurs que je double, tant de coureurs qui me doublent. J’additionne, je soustrais et à ce niveau de course je suis en super positif. J’ai mis mes baskets de Super Héros, je les double tous, ils sont cuits, vive le bouillon de poule.

Bertrand s’est refait la cerise, il suit tranquillement tout en faisant ses petits bruitag14124229_10210032528680584_966664701_oes habituels ;-). Ca va chéri ? oui… et toi ? oui… Notre principale conversation sur ce périple. Je n’éprouve pas le besoin de discuter. Il est là, je suis bien, c’est tout.

4h20 VALLORCINE, ça sent bon, il ne reste qu’un col à franchir et finir par cette longue descente qui nous ramènera sur Chamonix. Nous sommes partis d’Italie hier matin à 9h, nous avons traversé un petit bout de la Suisse et nous voilà de retour en France.

Il est temps de reprendre la route, Col des Montets et La Tête aux Vents, ça grimpe tranquillement avant d’attaquer le vif du sujet. C’est raide, ça escalade par endroit, il fait encore sombre mais le jour commence à pointer. Je rêve de lever de soleil au sommet. Je savoure cette dernière difficulté, c’est la dernière, elle se mérite mais elle nous emmène directement vers notre arrivée, celle dont on rêve.

Oulala que j’ai détesté la jonction Tête aux vents jusqu’à la Flégère, ça n’avance pas, des cailloux, encore des cailloux, des gros, des petits, tous en travers du chemin pour te faire chier quand tu commences à être bien fatigué.

7h45 FLEGERE 847ème. Boire un bon thé chaud sucré et repartir, repartir pour finir, il ne reste qu’une grande descente de 8kms et nous la connaissons par cœur cette descente. Nous sommes partis depuis 23h alors Jack Bauer, on se le fait ce 24h chrono !! La musique résonne dans ma tête, je reprends mes bâtons et nous voilà repartis, je trottine, je vole vers l’arrivée. Les émotions sont à leur comble.

La Floria, je ne sais pas combien de fois je me suis vue traverser ce refuge avec Bertrand pour finir cette course, alors bien sûr quand nous y passons, le cœur se serre, les yeux se mouillent.

La piste succède 14151712_10210032527920565_859493201_o-1au chemin, la route succède à la piste. Nous y sommes déjà !. Les premiers applaudissements nous portent. Traverser Chamonix, le rêve que nous avions tous en tête hier à Courmayeur, nous sommes en train de le vivre. Les amis, les enfants, et main dans la main nous franchirons cette ligne d’arrivée, l’un avec l’autre, l’un pour l’autre. Merci…14114678_10210032528400577_1324943235_o14191333_10210032527560556_620427641_o

 

 

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